Chez les moutons biques on a une tradition, c’est la sortie de nuit,et à chaque nouvelle édition nous sommes de plus en plus performant : nouveaux vélos, nouvelles lumières et meilleure organisation… cette fois on a même pensé aux gilets jaunes au cas où l’un de nous se perdrait !
Donc aujourd’hui, 8 vélos au départ dont 7 très éclairants… et deux moutons convalescents pour monter en voiture de quoi festoyer et dormir au jas…

Rdv donc à 17 heures à Gemenos, au pied du massif de la sainte baume. On charge nos affaires dans la benne du pick-up, puis après la séance de pesage : « un bon enduro c’est 15 kilos », ou pas,

on prend le départ vers 18 heures façon 24 du Mans pour attaquer notre virée…
bon mollo tout de même, le soleil était encore haut et on voulait profiter….

Première halte au mas de miceau pour se restaurer un peu, les plus prévoyants ayant même pensé au « remontant », enfiler nos gilets et préparer les éclairages en attendant la nuit, et bientôt le molo non troupeau quitte le jas pour entamer la montée vers le vallon de l’aigle.

Il fait doux, on commence peu à peu à allumer les frontales, réservant l’artillerie lourde pour le grand noir, on pédale au début puis ensuite on porte sans heurt, chacun à son rythme, ça papote même…
Arrivés au col de l’Aigle, on entame les choses sérieuses, tous watts allumés, par le vallon de l’Aigle… ce sont nous les aigles ce soir, ça va vite, ça relance comme des dératés, ça fait pif, ça fait paf, et même parfois ça fait pif paf, on freine tard et on survole les cailloux du vallon, c’est encore plus beau qu’en journée, on voudrait que ce single dure toute la nuit… mais bon à ce rythme là on a tôt fait d’arriver aux ruines du Défens où l’on éteint sagement nos lumières pour l’ascension finale… Ascension finale où l’on comprend que si les aigles ne volent pas la nuit, c’est qu’ils ne sont pas des nyctalopes mais qu’ils le savent, eux ! L’ascension / portage est longue et bientôt met à mal nos organismes, pas grave on ralentit et tout le monde s’attend, y’a des falaises ici…
Bref c’est dur pour tout le monde et d’ailleurs au Pas de Cugens, quelques moutons pensent tromper la vigilance du berger en plongeant vers les Crides mais notre berger qui ne s’appelle pas Panurge remet vite le troupeau dans le bons sens. Au col de Fauge deux options s’offrent à nous : monter pour descendre ou descendre pour monter, on choisit de descendre évidemment !
Cette descente sous le pic de Bertagne nous réconcilie avec nos montures, ça descend dru dans la caillasse, technique et trialisant à souhait.
Passé un dernier coup de cul, nous atteignons enfin, le col de Bertagne puis sur notre lancée le col du Cros et de là, nouveau moment de bonheur que l’horizontale de nuit où l’hammerschmidt est un régal : on choisit un pignon et en fonction des montées et descentes on change de plateaux à la volée, un régal…. Quel bonheur de plus d’engager ce single avec des lumières devant, derrière, au prés, au loin….
C’est donc la banane aux lèvres et la barre de céréale dans le ventre que nous nous regroupons tous au col de l’Espigoulier, il ne nous reste plus qu’une descente avant d’atteindre le jas de Tuny. Le troupeau sent la bergerie et cette dernière descente de nuit se transforme en spéciale du Tu(ri)ny, ça déchire, ça dérape, ça cogne les branches, ça butte sur les racines… mais ça passe !

Quelques poussières avant minuit nous retrouvions nos amis au Jas. Les affaires sont au chaud, le feu crépite dans la cheminée, la bière qui se met à couler et chacun vide son sac sur la grande table pour que flan d’aubergine, terrine, figatelli et autres grillades circulent au milieu des nombreuses bouteilles… tandis que le berger sort sa guitare pour un tour de chant.
Et c’est donc le ventre plein, les gosiers aussi rincés que les organismes, les paupières lourdes mais le cœur léger, que chacun atterrit plus ou moins droit dans son duvet.
Au petit matin on fait chauffer le café, on charge la benne du pick up, donne un coup de balai au jas et c’était reparti pour un tour, the last but not the least : après une brève montée vers la tête de Roussargue on prend la gorge du renard pour plonger vers le vallon en Seignors, le moto avale les cassures du terrain, je pose mon regard et il se dirige tout seul, quel bon réveil, que c’est beau…

On fini à travers les jardins du Château St Jean, magnifiques en ce printemps, on laisse les vélos glisser vers l’arrivée, on est bien…
«Aussi longtemps qu’il existe un endroit où il y a de l’air, du soleil et de l’herbe, on doit avoir regret de ne point y être. (Surtout quand on est jeune.)» Boris Vian – L’Herbe rouge